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Ce qui tient · 1

Remettre la dette publique à l'échelle du pays

Un chiffre isolé inquiète sans éclairer. Rapportée à la richesse produite et au patrimoine accumulé, la dette publique française redevient une grandeur sur laquelle on peut décider. Premier article de la série « Ce qui tient », consacrée aux fondations solides du pays et à la manière de s'en servir.

Sur un chemin de pierre, deux dirigeants consultent un dossier devant un aqueduc provençal ; au loin, une vallée active jusqu'à la mer
Ce qui a été bâti porte l'activité d'aujourd'hui.

Un montant que personne ne se représente

Fin juin 2026, la dette publique française atteint 3 595,5 milliards d'euros, soit 119,0 % du produit intérieur brut selon l'Insee. Aucun esprit ne forme d'image d'un tel montant. Un chiffre qu'on ne peut pas se représenter cesse d'informer : il sert d'argument à toutes les conclusions. La première opération consiste donc à le décomposer.

L'État porte 2 942,1 milliards, soit plus de 80 % du total. Les administrations de sécurité sociale en portent 309,4 et les administrations publiques locales 274,9. Les collectivités et la sécurité sociale, souvent désignées comme responsables, représentent ensemble un peu plus d'un sixième de la dette. Une fois déduites la trésorerie et les créances détenues par les administrations, la dette nette descend à 111,4 % du produit intérieur brut.

Ce que le pays possède en face

Une dette se juge au regard de ce que l'on possède. Fin 2024, le patrimoine économique de la France s'élevait à 19 559 milliards d'euros, plus de cinq fois la dette publique actuelle. Les ménages en détiennent 14 953 milliards, soit 8,2 années de leur revenu disponible. Les administrations publiques elles-mêmes gardent un patrimoine net positif de 690 milliards : leurs actifs, routes, hôpitaux, écoles, réseaux et participations, dépassent leurs dettes.

Le pays épargne aussi : au deuxième trimestre 2026, les ménages mettent de côté 17,2 % de leur revenu disponible. Les entreprises dégagent un taux de marge de 31,5 % de leur valeur ajoutée. Et pour la septième année consécutive, la France reste en 2025 le premier pays d'Europe pour les projets d'investissement étranger, avec 852 projets selon le baromètre EY, devant le Royaume-Uni (730) et l'Allemagne (548).

Ce que coûte la dette, et ce qui s'améliore

Le coût de la dette est réel et il augmente. En 2025, les intérêts versés par les administrations publiques ont atteint 64,7 milliards d'euros, en hausse de 11,2 % sur un an, soit 2,2 % du produit intérieur brut. Dans le même temps, le déficit public a reculé, de 5,8 % du produit intérieur brut en 2024 à 5,1 % en 2025. La trajectoire se corrige, encore trop lentement pour stabiliser la dette.

Le miroir américain

La comparaison avec les États-Unis remet les ordres de grandeur en place. Selon le Fonds monétaire international, la dette brute des administrations publiques américaines atteint 123,9 % du produit intérieur brut en 2025, contre 115,6 % pour la France à la même date selon l'Insee. Le déficit américain s'établit à 6,8 % du produit intérieur brut, contre 5,1 % en France. Le seul budget fédéral consacre aux intérêts 3,3 % de la richesse nationale en 2026, selon le bureau du budget du Congrès.

Personne ne décrit pour autant la première économie mondiale comme un pays en faillite. La comparaison a ses limites : le dollar est la monnaie de réserve mondiale et la croissance américaine dépasse la nôtre. Elle ne dispense donc d'aucun effort. Elle rappelle seulement qu'une dette ne se lit jamais seule : elle se lit face à la richesse qui la porte et à la confiance de ceux qui la financent.

Ce que les dirigeants peuvent en tirer

La croissance est nulle au deuxième trimestre 2026 et le chômage remonte à 8,3 %. C'est précisément dans ces périodes que la confiance se construit sur ce qui fonctionne. Trois réflexes en découlent, pour un exécutif local comme pour un chef d'entreprise.

  1. Rapporter chaque montant à une grandeur de référence. Pour une collectivité, l'encours de dette se lit en années d'épargne brute : c'est la capacité de désendettement. Pour une entreprise, il se lit face aux fonds propres et à la capacité d'autofinancement.
  2. Distinguer la dette qui finance l'avenir de celle qui finance le quotidien. Les collectivités n'empruntent que pour investir : cette règle d'équilibre est une force du modèle local français.
  3. Communiquer avec des proportions plutôt qu'avec des montants. Un conseil d'administration ou une assemblée délibérante décide mieux face à un ratio qu'il comprend que face à un chiffre qui l'effraie.

Les fondations sont solides. Les consolider demande de la lucidité sur les chiffres et de la constance dans les décisions, deux qualités qui se travaillent.

Sources